Myst & Cyan : Fin… et suite.
Encore une page qui se tourne dans le grand livre de Cyan. On finit par se demander s’il va en rester, des pages. Si un jour, on ne va pas buter sur la quatrième de couverture.
Il y a environ un an, j’ai fait une petite rétrospective de l’histoire de Myst et de Cyan. Il y a un an, Uru renaissait. Aujourd’hui, Uru va vers une mort annoncée, et fixée : le 4 avril, le bébé de Rand Miller et de toute l’équipe de Cyan va retourner dans les cartons. Uru pour Cyan, c’est fini, pour l’instant du moins. Place à autre chose, d’autres jeux. Un nouveau départ ?

Pour autant, il n’est pas dit que la Caverne arrêtera de si tôt d’être arpentée par les explorateurs. Les fans, toujours là pour sauver le monde des D’ni de l’oubli, ne manqueront pas de faire revivre indépendamment et gratuitement le jeu, dès que possible. On ne veut pas voir Uru s’éteindre, ceux qui se sont laissés happer par cet univers savent qu’il n’existe pas d’équivalent à cette aventure. Rand Miller a ici réussi son pari, son jeu est unique, comme l’était Myst, comme l’était Riven (ils le sont toujours d’ailleurs).
Là où Cyan a échoué, c’est dans son objectif de faire d’Uru un jeu qui séduirait un grand nombre de joueurs partout dans le monde, comme ce fut le cas pour Myst et ses petits frères. Il a échoué en février 2004, il a de nouveau échoué en février 2008. Le monde entier, même s’il l’avait voulu, n’aurait d’ailleurs pas pu y jouer : seuls 14 pays ont pu profiter de cette petite renaissance.

Alors Uru Live édition 2007, coup d’épée dans l’eau ? Non, car le Live mort né de 2004 n’a plus rien à voir avec celui qui s’éteint, ou plutôt entre en sommeil, en 2008. Avec Gametap, Cyan n’a pas trouvé la recette miracle, mais il a quand même réussi à donner une seconde chance à cette aventure alors qu’elle avait à peine pu éclore en 2004.
Uru Live a vraiment existé en 2007. On pourra bien sûr trouver des failles, plus ou moins importantes. La dimension multijoueur a été assez peu exploitée. Les bugs n’ont pas tous été résolus. Les nouveautés n’ont pas été légion. Souvent ce sentiment, cette impression qu’il manque quelque chose, que ça aurait pu être plus travaillé, mieux fait. La critique est souvent juste, les fans sont exigeants et ont raison de l’être. Il y aurait eu de nombreuses raisons de quitter le train Uru Live en cours de route.

Pourtant très peu ont abandonné l’aventure avant les derniers mois chaotiques et qui sentaient vraiment la fin. Les fans d’Uru sont exigeants mais ils sont aussi d’une indulgence incroyable envers Cyan. Une relation étrange unit l’équipe de Cyan à ses fans, comme rarement il en existe dans le monde du jeu vidéo. Il faut croire que cette situation sur le fil du rasoir à laquelle l’équipe commence à être abonnée resserre les liens. Dans la tourmente, on se sert les coudes. Cyan Worlds ne serait sans doute plus là sans l’acharnement de ses fans qui croient en eux. « Best fans ever » dit régulièrement Rand Miller. Peut-être bien. On n’est peut-être pas nombreux mais on fait entendre notre voix, et cette voix pèse certainement dans la balance.

Mais ne nous attribuons pas tout le mérite, sans Cyan et ses jeux, la vie ne serait pas tout à fait pareille pour nous non plus. Il y aurait d’autres jeux fabuleux, d’autres expériences intenses. Mais ça serait autre chose. L’histoire de cette civilisation D’ni est devenue si riche, si complexe, si captivante qu’un monde entier mourrait si l’aventure devait s’arrêter définitivement. Et beaucoup de petits joueurs biberonnés aux livres de liaisons et aux récits d’Atrus se sentiraient bien seuls, comme ils l’ont été lors de la « première mort » de l’équipe en septembre 2005.
Myst et sa communauté, c’est une symbiose, l’un dépend de l’autre, et réciproquement. C’est un équilibre, difficile à trouver, toujours menacé.

Aujourd’hui la crainte est à nouveau là, le sursis de 2007 n’a pas suffit à relancer la machine. Et déjà on s’inquiète d’une nouvelle fermeture de Cyan. Pourtant on se veut rassurant, la fin d’Uru, ce n’est pas la fin de Cyan Worlds. Faut-il y croire ou pas ? Que peut-on attendre encore de cette drôle de société qui ne veut pas mourir mais qui n’a semble t-il plus la force de vivre pleinement ? Donnons lui le bénéfice du doute, et souhaitons lui de remonter la pente une nouvelle fois. Ne nous perdons pas en vaines hypothèses, attendons de voir, et essayons d’imaginer un avenir prometteur.

Pour Uru d’une part. Parce qu’en dépit de sa mort officielle, le projet n’a sans doute pas dit son dernier mot. La volonté clairement annoncée de cette année 2007 était de permettre aux fans de faire plus de choses pour le jeu. Des projets ont été confiés aux joueurs, on a commencé à les impliquer dans le scénario du jeu, on a créé de guildes, on a fait participer à la (re)création de la langue D’ni, on a encouragé les initiatives de joueurs (merci Turjan pour ta formidable musique), et surtout on a amorcé en coulisse la création d’âges par les joueurs eux-mêmes. Après que Myst nous ait tous enrichi, l’idée était bonne et attendue : les fans voulaient à leur tour enrichir Myst et son univers. Mais Uru Live n’a pas vécu assez longtemps pour qu’on puisse véritablement bénéficier de ces embryons de projets, pourtant prometteurs. Cependant, ces idées ne sont pas mortes. Si un nouvel Until Uru se met en place, ce qui est probable, ces projets auront, espérons-le, carte blanche pour se développer. Bien sûr, ils ne trouveront pas le même écho qu’à travers un jeu encore actif, mais ils gagneront en liberté d’action. Et Cyan suivra sans doute ça d’un oeil attentif. En attendant de refaire briller la Caverne, une nouvelle fois ?

Un avenir pour Cyan ensuite. Espérons que l’univers de Myst se trouvera enrichi de nouveaux jeux qui n’auront rien à envier à leurs prédécesseurs. La série Myst est terminée, il serait temps de repartir sur autre chose. Ne pas tout supprimer bien entendu, garder ce petit truc qui fait qu’un jeu Myst n’est pas un jeu comme les autres, garder aussi cet univers si riche et varié, garder enfin ce souffle d’aventure qui l’anime depuis le début. Mais ne pas hésiter à changer les codes, inventer, créer, trouver une nouvelle base pour autre chose. Rêvons un peu à un grand jeu qui ferait oublier un Myst V inabouti. Un nouveau jeu qui fédérerait autour de lui une communauté large et solide. On a le droit de rêver, on a le droit d’espérer, et si nos espoirs portent nos rêves jusqu’aux oreilles de Cyan, qui sait ce que l’avenir nous réserve.
C’est vraiment ça, tu dis exactement ce que ressentent beaucoup d’entre nous. Chapeau !
Ce n’est plus un jeu, c’est un univers.
Quand j’ai commencé URU, j’étais un peu déçue par le manque d’énigmes vraiment intéressantes.
Mais en s’y replongeant par Until Uru, le fait d’être dans une communauté ayant les mêmes goûts (bien que j’aime résoudre les énigmes seule), de voir un avatar qui, même s’il est distinct de nous (j’ai tendance à prendre beaucoup de recul par rapport à tout ça, a priori), reflète un peu notre personnalité, je dirai finalement qu’on se sent emporté par ce monde.
Et en plus, on croit aisément à cette civilisation, comme chez Tolkien qui a créé tout un univers, une langue, etc…
Bien sûr, ici, c’est bien plus modeste et moins échaffaudé, mais c’est un peu dans le même esprit.
D’autant plus que des prolongements sont en cours: au niveau de l’Histoire, des arts, de la langue.
Pour ce qui est d’autres jeux, je n’en ai pas trouvé un seul qui soit aussi captivant, même si les énigmes me plaisent beaucoup, ce n’est pas pareil.
Posté par Hinathéa le 09/02/08 à 01:02