Myst & Cyan : Passé, présent… futur ?
Myst a fait son apparition un beau jour de septembre 1993, sur Macintosh. C'était le début d'une grande aventure qui, ne le cachons pas, créa une vraie révolution dans le monde du jeu vidéo. Si bien que, encore aujourd'hui, on parle de Myst-like pour tout jeu qui réutilise les principaux traits de caractère de Myst et emprunte les sentiers défrichés jadis par les frères Miller pour leur "jeu pour adultes".
Presque 12 ans jour pour jour après cet sortie mémorable, Myst V End of Ages, petit dernier de la désormais grande famille de Myst, pointe son nez dans les magasins spécialisés et les grandes surfaces. Bien loin, lui, de déclencher un raz-de marée d'enthousiasme comme son illustre ainé. Le jeu, qui n'est désormais plus qu'un jeu d'aventure comme un autre, laisse les critiques entre scepticisme et indulgence, le jugent souvent "bien, mais pas top". Et pour les fans de la première heure comme pour ceux qui ont fait leurs premiers pas dans Myst à cette occasion, l'aventure laisse un goût un peu amer dans la bouche.
La série des jeux Myst a connu ainsi un parcours atypique, entre succès planétaires et échecs à la même échelle, entre innovation et création poussés à un degré jamais vu et bouclage dans l'urgence d'un travail bancal. Le grand écart, Myst l'a aussi connu sur le plan budgétaire, passant de l'autosuffisance à la zone rouge.

Myst a été un succès aussi phénoménal qu'inattendu. Si les frères Miller savaient qu'ils inventaient quelque chose de nouveau en matière de jeu vidéo, ils étaient loin d'imaginer que les mondes qui prenaient vie sur les écrans de leurs ordinateurs séduiraient tant de personnes aux quatre coins du globe. Comparé au budget investi par la petite équipe de 4 personnes, le gain financier est phénoménal, et propulse les frères Miller, et leur petite société nommée Cyan, sur le devant de la scène, eux qui quelques mois plus tôt vivaient dans l'anonymat le plus complet. C'est aussi et surtout la réussite d'idées novatrices, d'un nouveau mode d'expression, une autre manière de développer le rêve et l'imagination. Les millions de personnes qui se lancèrent dans l'aventure furent conquis. Et déjà demandaient une suite...

Et elle arriva. Elle arriva, mais tard, ô combien tard pour les fans impatients. Quatre ans, il fallut pas moins de quatre années à l'équipe bien étoffée de Myst pour réaliser sa suite, répondant au doux nom de
Riven. L'accouchement ne se fit pas sans douleurs, mais le bébé était là, et quel bébé ! Si Myst fut une surprise et une révélation formidables, Riven fut une consécration et un séisme d'une amplitude décuplée. Pour tous, les frères Miller avaient créé un véritable chef d'oeuvre avec Myst. Ils réussissaient non seulement à renouveler l'exploit, mais bien plus, à le transcender complètement. Quant aux fans, ils avaient attendu quatre ans mais, comme le disait Rand Miller, ils en eurent pour leur argent. Le succès ne se fit pas attendre, le jeu se vendit encore mieux que son grand frère. Réunies, les ventes des deux jeux dépassent actuellement les 12 millions d'exemplaires. Et ça continue...
Riven signifie "déchiré" en anglais. Déchiré, comme le duo Miller le fut au cours de la création de Riven, mettant en péril son aboutissement. Leurs vues divergeaient, Robyn, le cadet, avait trouvé un écho beaucoup plus fort à son imagination foisonnante du côté du co-directeur du projet, Richard Vander Wende. Rand lui, n'était pas un artiste de son propre aveux. Plus pragmatique que son frère, il ne voyait pas pourquoi on perdait tout ce temps à peaufiner inutilement des détails minimes que le joueur ne remarquerait même pas. Lui, ce qu'il voyait surtout, c'était que Riven aurait dû être fini depuis longtemps, et qu'on commençait à s'impatienter du côté de Brøderbund sur ce jeu qui n'aboutissait pas. Malgré la réussite au bout du chemin, Rand et Robyn cessèrent ensuite de travailler ensemble, voulant tous deux passer à autre chose.

Cet autre chose pour Rand, c'était un jeu vraiment différent, novateur, du jamais vu, une fois de plus. Jamais deux sans trois, après tout. Investissant les bénéfices records de Riven dans cette nouvelle aventure, il se lança avec une nouvelle équipe dans son projet révolutionnaire. Ce grand dessein, ce devait être, bien des années plus tard, le fameux
Uru (libre à chacun de voir le sens que vous donnez à "fameux"...). Une aventure qui aurait comme particularité de se jouer pour une bonne partie en "live" : en direct et dans le monde entier via Internet. Belle idée, grande idée. Trop grande ? Peut-être. Celui qui s'était juré de ne pas donner de suite à Riven revient sur sa décision, et confie à des studios indépendants l'honneur immense de donner une, puis deux suites à Riven :
Myst III Exile et
Myst IV Revelation. Deux réussites, si l'on excepte quelques défauts, et un but inavoué : Uru coûte plus cher qu'on ne l'avait prévu, il faut renflouer les caisses. Le jeu est sorti, mais les ventes du jeu ne sont pas à la hauteur des prévisions, et il faut sans cesse corriger les bugs multiples. La bêta du Live traîne en longueur. Le doute s'immisce sérieusement du côté de Cyan, mais on ne se l'avoue pas vraiment, on veut y croire. Avant de se rendre à l'évidence. Avant même d'avoir véritablement ouvert, Uru Live ferme déjà ses portes.

Puis viendra
Myst V End of Ages, conçu par Cyan cette fois-ci, qui décide de reprendre les rênes pour conclure son oeuvre. En beauté ? Ils le disent, mais y croient-ils vraiment ? A peine un an sépare Myst IV de cette suite, qui, bien que débutée avant la sortie du quatrième volet, laisse planer comme un doute. Myst V sent beaucoup trop l'Uru recyclé pour emballer les foules qui trouveront chez la concurrence des jeux de meilleur facture que ce drôle de bricolage. Qui tient la route, malgré tout, vaille que vaille, mais qu'il est loin le temps où l'on touchait du doigt les nues. Si on maintient la tête hors de l'eau cette fois-ci, on s'en contentera. Manque d'idées nouvelles ? Manque d'argent ? Sans doute davantage du second que du premier, mais le résultat est là. Le bateau cyan coule, il faut alléger le navire d'urgence.
Avant même la sortie de cet ultime volet, Cyan licencie tous ses employés, seulent restent Rand Miller et Tony Fryman, directeurs de la société. Effectivement, ça sent la fin des âges...

Si j'osais la blague facile, je dirais qu'avec Myst, la fin n'est jamais véritablement écrite. Mais ça a tellement été dit que je m'abstiendrai. Surtout que cette fois-ci, c'est passé tellement près que beaucoup n'ont plus le coeur à rire. Le salut est venu de deux côtés, redonnant un nouveau soufle à la société : le soutien financier de Gametap d'abord, qui a arrêté l'hémorragie, comblé partiellement les dettes très importantes contractées et a permi de rembaucher toute la "petite" troupe. De l'autre, le soutien moral des fans qui ont continué à croire en Uru et à le faire vivre sur des serveurs indépendants. Des joueurs qui s'investissent pour une société, c'est assez rare pour être noté ; Cyan, lucide, le sait et veux saisir cette nouvelle chance. Faire aboutir Uru et transformer l'échec de son lancement en une réussite, voilà leur nouveau défit. Il faudra composer avec Gametap comme il a fallu composer avec Ubisoft, mais il n'ont plus le choix.
Espérant sans doute secrètement un retour sous les feux des projecteurs, chez Cyan, on fait surtout profil bas, et on revoit à présent ses ambitions à la baisse. On arrête de se prendre pour les rois du pétrole comme on a pu le faire par le passé, et on retourne sérieusement plancher ses cours, comme le ferait un bon élève qui veut se reprendre après une grosse bourde. Et on avance pas à pas : "cautious optimism" comme on le répète partout (optimisme prudent). Bien malin qui pourrait dire si cette humilité presque excessive saura remettre tout ce petit monde sur les rails de la réussite.

Actuellement, les vents semblent commencer à vouloir tourner en leur faveur : la reprise d'Uru a été mieux préparée, la bêta est lancée et les résultats sont encourageants, mais l'équilibre est précaire et peut basculer rapidement. Quand il s'agit d'explorer gratuitement, nombreux sont ceux qui sont prêts à se lancer dans l'aventure Uru, pour une découverte ou une redécouverte. Quand il faudra payer un abonnement mensuel, en sera t-il de même ?
Mystère. Pour l'instant, l'histoire de Myst, des D'ni et de Cyan continue de s'écrire. La fin sera pour plus tard, et tous espèrent le plus tard possible.
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Synthèse réussie, c’est un article de très bonne tenue et très intéressant ! Clap clap ! :-D
Posté par Nounouogg le 26/01/07 à 12:01